A propos

Arrivé pour la première fois en Chine en 2008 comme voyageur moins curieux de ce pays que d’une jeune femme que j’y suivais, j’ai été frappé par ce pays. Par son énergie, son étendue, son intensité. Et aussi par mon ignorance totale à son sujet. J’ai donc immédiatement décidé d’y revenir, dès que possible.

Ce fut comme étudiant, en 2010, d’abord au gré d’un échange universitaire. Frustré pourtant de ne rien comprendre à l’immense spectacle chaotique auquel j’assistais chaque jour, je décidai de prolonger un peu mon séjour pour apprendre la langue chinoise. La Chine, je n’ai pas vraiment décidé d’y rester. Et pourtant j’y suis encore. Pris au piège ?

Une fois que l’on a commencé, sans savoir au début ce vers quoi on s’engageait, cet apprentissage démesuré d’une langue nouvelle et totalement inconnue, si différente, en recommençant depuis le tout début, c’est-à-dire depuis les borborygmes enfantins répétés en chœur dans l’oreille attentive d’une maîtresse de diction, jusqu’au tracé maladroit des signes les plus simples, il est difficile de s’arrêter. Car tout comme lorsque que l’on gravit une montagne dont le sommet dissimulé par quelques nuées rapides semble très proche, mais recule d’un bond à chaque nouveau col franchi, plongeant le promeneur dans des affres d’hésitation inquiète mais incapable de renoncer, trop désireux de saisir le fruit de tant d’efforts déjà produits, de même celui qui engloutit des heures et des heures de temps à apprendre les fondements du chinois est-il constamment tiraillé entre deux deux idées également insupportables : abandonner et retourner en arrière, au risque de tout perdre ? Continuer vers l’avant, sans même savoir si la route conduit quelque part, et si ce quelque part est atteignable ?

En cela il est semblable encore à un nageur qui s’avance au milieu d’un fleuve brumeux et dont les rives disparaissent bientôt à ses yeux : la berge d’en face est-elle atteignable avant l’épuisement ?

Difficile d’arrêter donc, mais plus difficile encore de continuer. Certains deviennent même fous devant l’ampleur de la tâche. Car quelle meilleure façon de comprendre vraiment l’étendue de notre ignorance qu’en se mesurant adulte à une langue nouvelle, un univers tout entier inconnu ?

En tout cas, en ce qui me concerne, une fois le doigt pris dans l’engrenage, je n’ai plus pu l’en retirer. C’est ainsi qu’année après année j’essaie tant bien que mal de continuer d’avancer sur cette route du soi chinois, tant il est vrai aussi qu’apprendre une langue étrangère c’est apprendre à penser différemment, et c’est accepter de se transformer.

Il serait injuste de dire que cet apprentissage se fait sans joie aucune. C’est d’ailleurs ce que je me propose de partager ici : étonnements, découvertes, rêveries que suscitent l’observation du monde depuis ce point de vue particulier.

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