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La République est mortelle

Que l’on partage ou non les idées de François Fillon, il faut bien voir qu’une habile opération de déstabilisation est en cours, qui ne doit rien au hasard : elle vise à discréditer le représentant d’un des courants politiques les plus importants du pays, pourtant désigné sur la base de son programme politique et par un important vote populaire comme un candidat légitime à l’élection présidentielle.

Mais au-delà de ce candidat et du mouvement qu’il représente, c’est le bon fonctionnement de nos institutions qui est menacé, c’est notre république qui est mise en péril ! Sera-t-il dit qu’une campagne médiatique, fondée sur des affirmations biaisées, organisée dans l’ombre par des intérêts inconnus, peut se jouer de l’opinion publique, la manipuler à sa guise, s’attribuer le pouvoir des juges, et éliminer dans l’urgence et contre la volonté populaire un candidat à l’élection présidentielle ?

Car la façon dont ce qu’il convient désormais d’appeler « l’affaire Fillon » est orchestrée dans les médias ne doit rien au hasard. La volonté de tenir les lecteurs en haleine et de faire durer l’hallali est évidente : on distille une à une des informations pourtant anciennes et sans lien afin de créer une atmosphère de complot et de doute. On veut faire croître à des révélations progressives, aux découvertes d’une enquête difficile, à l’accumulation des preuves.

Et pourtant il n’en est rien, ces informations prenant un aspect scandaleux surtout par la façon pernicieuse dont elles sont présentées au public : on annonce le salaire brut pour faire paraître le nombre plus outrancier, on additionne les sommes perçues sur plusieurs années en ne mentionnant pas la durée concernée, enfin on multiplie dans un temps très court des déclarations sans liens les unes avec les autres, en espérant sans doute que la quantité des munitions suppléera à leur manque de qualité.

 

Manifestement, on veut souffler jusqu’à l’embrasement sur les braises d’une révolte déjà bien avancée, et ce au mépris du droit, de la vérité, et de l’intérêt supérieur du pays. Et on profite pour cela de la crédulité d’une génération de lecteurs pressés, qui, nous le voyons bien dans l’actualité y compris dans les pays voisins ou alliés, n’approfondissent pas les sujets et sont vulnérables à la circulation rapide de gros titres racoleurs et bien souvent trompeurs, pour ne pas dire mensongers. Nous devrions tous être inquiets tant de la violence et de la précision machiavélique de l’attaque, qui témoignent d’un véritable projet ourdi en secret, que de la facilité avec laquelle l’opinion publique, plus excédée et versatile que jamais, se laisse désormais emporter à hue et à dia. Je le répète : au-delà d’un homme, au-delà d’un parti, c’est la démocratie elle-même qui est attaquée, par le sabotage d’une de ses institutions : le suffrage universel.

Car il est bien évident que la chute du candidat favori à l’élection présidentielle servirait les intérêts de certains : de l’extrême droite à l’extrême gauche, en passant par ceux qui n’ont jamais passé l’épreuve du suffrage, ou encore certains intérêts étrangers ennemis de la France et de ses valeurs, ils sont de plus en plus nombreux ceux qui se réjouissent à la perspective d’un grand soir où l’on puisse enfin renverser la table et faire vaciller les institutions de ce pays.

Notre république est-elle donc déjà si fragile qu’ils puissent impunément œuvrer dans l’ombre et forcer la volonté du peuple ? Les laisserons nous condamner et exécuter publiquement un élu de la république, avant même que justice ait été rendue par les juges ?

Car c’est aux juges, et à eux seuls, qu’appartient de nous dire si François Fillon a enfreint la loi. Et c’est aux français, et à eux seuls, qu’appartiendra, sur la base de ce jugement des magistrats de la république, de décider par un vote si François Fillon est digne ou non de présider nos institutions, et de mettre en œuvre son projet politique pour la France.

 

Sur le fond, si elle n’est pas vertueuse, l’embauche de proches par un parlementaire n’en est pas moins une pratique légale, tant que le travail effectué est réel (et il va sans dire que sur ce point nous sommes tous dans l’attente du verdict des juges). Une pratique regrettable certes, mais néanmoins courante en France. Il est de notoriété publique qu’en l’absence de contrôle exercé par l’Assemblée Nationale, nombre de parlementaires utilisent l’enveloppe censée couvrir leurs frais de mandat de manière discrétionnaire.

 

Mais enfin la désinvolture avec laquelle les élus de tous bords dépensent l’argent public n’est pas un problème nouveau ! La dette publique abyssale accumulée année après année, déficit après déficit, session parlementaire après session parlementaire, elle aussi de notoriété publique, elle aussi scandaleuse, et pourtant peu commentée dans les médias, en est une preuve autrement plus accablante qu’un bout de confession volée à une épouse dans un café. Et ces milliers de milliards d’euros n’ont certainement pas été dépensés par M. Fillon seul : c’est bien la gestion de l’argent public par l’ensemble de la classe politique, décennie après décennie, qui est problématique, et dont le cas Fillon n’est hélas qu’un exemple parmi tant d’autres ! Gestion permise d’ailleurs par la négligence coupable des Français.

Or M. Fillon, dont on met aujourd’hui en question, et non en accusation, l’utilisation de ses frais de mandat, est le seul candidat à ce jour qui fasse de cette question du redressement des finances une priorité ! Saisissons nous donc de cette occasion pour exiger de M. Fillon que, dans le cadre de son programme de redressement de la France par l’assainissement de ses dépenses, il mette un terme définitif à cette pratique chez tous les parlementaires, comme il l’a déjà fait pour lui-même depuis 2013.

La constitution de la cinquième république, c’est peut-être là sa principale faiblesse, celle sur laquelle ses adversaires concentrent aujourd’hui opportunément leurs tirs, fait que l’élection présidentielle est le choix d’un homme autant que celui d’un programme politique. Dans un temps ultra-médiatique où tout peut devenir matière à scandales et à polémiques, nous devons éviter que les élections deviennent de concours de calomnies qui l’emportent sur la nécessaire confrontation des projets. Car ceux qui crient le plus fort, ceux qui disposent de l’artillerie médiatique ne sont pas forcément les mieux à même de diriger ce pays !

Voulons-nous renoncer, parce qu’un des candidats a eu dans le passé une pratique qui paraît aujourd’hui discutable, et que cet homme se trouve être celui qui porte l’unique projet connu et réaliste de rénovation de la France, à donner à la France une ultime chance de sortir de la torpeur économique et de la corruption, pas à pas ?

Voulons-nous, sur la base d’insinuations dont le caractère fallacieux et calculateur ne fait aucun doute, en particulier à quelques jours de la clôture des candidatures, renoncer définitivement à donner une chance au redressement du pays, et le livrer aux fantaisies des extrêmes ? La France est-elle déjà condamnée à devenir le pré carré non seulement d’une caste corrompue, que l’élimination de M. Fillon ne mettra de toute façon pas en danger, mais en plus de manipulateurs de l’ombre et des apprenti-sorciers politiques ? Sortirons nous de la corruption par la révolution et le chaos, ou par une patiente rénovation raisonnée, respectueuse des institutions, et dans laquelle chaque citoyen devra prendre son rôle ?

M. Fillon n’est pas un homme providentiel, et il n’est pas non plus un saint. Nous ne sommes, hélas, plus au temps des Moulin et de Gaulle. Mais à la suite de cinq années de mensonge éhonté et d’incompétence socialiste, dont les extravagances y compris capillaires auront coûté au pays bien plus que ce qu’on reproche au candidat Fillon, et face aux dangereuses fantaisies des extrêmes, voulons nous renoncer à un programme politique de raison sous prétexte que la vertu est mise à mal ? S’imagine-t-on enfin que le candidat du parti socialiste et celui du Front national, qui profiteraient pleinement de l’élimination du candidat choisi par les électeurs de la droite, soient, eux, des parangons de vertu ?

François Ménager

4 février 2016

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8 réflexions au sujet de « La République est mortelle »

  1. Il ne me semble pas que ce soit l’emploi d’un proche qui est reproché mais l’emploi fictif d’un proche que ce soit pour sa femme ou même pour ses enfants. Certes la manière est pernicieuse et hautement antidémocratique pour toutes les raisons que vous avez dites (falsification du fond, cible unique…), et, je suis d’accord avec vous, il n’est pas question ici d’élire un saint (pour cette raison je ne pense pas que cette affaire va faire changer mon vote au premier tour) mais on ne peut pas dire que Fillon ne mérite pas ce qu’il lui arrive. Il en est le seul responsable par un comportement inverse à la posture qu’il a choisi de prendre. Il se fait passer pour un saint, il n’en est pas un, il y a donc mensonge. Il y a eu adhésion notamment sur sa personnalité, il s’avère qu’elle était composée, il est légitime de changer son vote. Les Français paieront peut être les pots cassés avec l’élection de Macron ou de Le Pen mais à qui la faute ? Nous avons des média bien médiocres, pas parce qu’ils sont politisés mais parce qu’ils le sont quasiment tous dans le même sens. On ne peut pas leur reprocher de saisir la perche qui leur est tendue. Il aurait fallu ne pas la leur tendre au préalable. Reste à Fillon de ne pas s’écrouler à la première tempête.

    1. Vous avez raison, c’est le caractère fictif de l’emploi, qui constituerait alors un détournement de fonds publics, qui est ici reproché. Cependant je ne serais pas aussi dur que vous avec M. Fillon : il est difficile de croire que son épouse n’ait pas contribué (dans une mesure difficile à déterminer, certes) au travail que requiert un mandat de député, surtout dans la mesure où il n’a pas eu d’autre assistant parlementaire pendant le temps où elle était (censée être) employée. Dans ces conditions, 3000 euros nets par mois en moyenne, c’est un bon salaire mais ce n’est pas de l’ordre du scandaleux.

      Ce que je trouve frappant c’est de voir l’évolution rapide des mœurs politiques au cours des dernières années, ou plutôt: l’accélération de l’exigence de probité, qui va plus vite que l’évolution des mœurs justement. Beaucoup de pratiques qui étaient tolérées (réserve parlementaire, frais de mandat, financement des partis) jusqu’au début des années 2000 ne le sont plus. Et c’est tant mieux !

      Là où vous avez aussi raison, c’est qu’avant de se présenter comme champion de la probité, Fillon aurait dû y réfléchir à deux fois. N’est pas de Gaulle qui veut.

    1. Vous avez tout à fait raison. Si l’emploi est réel alors la rémunération, certes confortable, n’est pas scandaleuse. Et si l’emploi de Mme Fillon était fictif, qui a fait le travail d’assistant parlementaire ? Et je suis d’accord avec vous l’accusation a plus de poids dans l’opinion que la vérité, les média l’ont bien compris. Mais que peut-on faire contre ça puisque c’est leur liberté et que notre société est basée sur la défense de la liberté de chacun et non sur la recherche du bien de tous ? Il faudrait changer complètement de système alors.
      Sur le fait que Fillon soit l’Anti-système, j’ai un peu de mal à y adhérer. Qu’il ait des propositions qui aillent dans le bon sens, c’est sûr, qu’il ait l’intention de renverser la table, j’en doute un peu. J’espère me tromper. Je ne sais pas si c’est le Système qui cherche à faire tomber Fillon. Il me semble que cela est à la portée de n’importe qui (qui aurait de bonnes relations dans les média) que je ne crois pas qu’il faille aller chercher plus loin qu’un de ses concurrents à l’élection présidentielle ou qu’un égo frustré de la droite comme cela a été évoqué.

      1. Peut-être nous nous sommes nous mal compris : Fillon n’est certes pas « anti-système ». Ceux qui « cherchent à renverser la table » sont pour moi les Mélenchon, Hamon, et autre Le Pen, qui continuent de promettre une forme de Grand Soir. A sa manière Macron, qui est pourtant la quintessence de ce qu’on pourrait appeler une « émanation du système », veut lui renverser la table politique : se faire élire directement à la magistrature suprême, en faisant exploser le système habituel des partis, dont il pense qu’il ne fonctionne pas. Je pense (mais cela relève de la pure opinion personnelle) que les soutiens de Macron ont sinon organisé, du moins encouragé l’attaque médiatique contre Fillon, qui est bien le candidat du système actuel : le seul qui prétende encore, à la Gorbatchev, réformer de l’intérieur, avec toute la radicalité qu’impose la situation.

  2. « Dans ces conditions, 3000 euros nets par mois en moyenne, c’est un bon salaire mais ce n’est pas de l’ordre du scandaleux. »
    Tu m’avais conseillé de lire cet article. Je l’ai lu. Mais quand je vois ce genre de phrase, je me dis que tu ne ne vis pas dans le même monde que ceux qui galèrent en fin de moi, que ceux qui sont payés au SMIC, que les gens qui chaque jour vont chercher leur repas au Restos du Coeur…..
    Te rappeles-tu que le salaire médian en France est de 1800 euro. Cela veut Mme Fillon gagne deux fois plus d’argent par mois que la moitié des travailleurs français, pour un travail non réalisé ? Cette affaire n’est que le symbole des inégalités, traitement de faveurs qui se sont creusés au sein d’une même République. Ce sont ces inégalités qui menacent notre « fraternité ».

    1. Salut Paul et merci de ta visite:) La question est bien de savoir si Mme Fillon a effectué le travail pour lequel elle a été payé.

      Si l’emploi était fictif, c’est-à-dire si le travail inexistant, il serait effectivement scandaleux qu’elle ait touché un salaire, quelqu’en soit le montant.

      Mais personnellement je préfère laisser la justice déterminer si c’est bien le cas.

      Ce que j’écris, c’est que, dans l’hypothèse où le travail est réel, et dans la mesure où le travail d’attaché parlementaire est clairement un travail difficile et à temps plein, 3000 euros « c’est un bon salaire mais ce n’est pas de l’ordre du scandaleux. »

      Autrement c’est en ligne avec la pratique du secteur. Tu sais comme moi que tous les métiers ne sont pas rémunérés de la même façon. Il y a beaucoup de gens qui gagent plus du double du salaire moyen, et je pense que dans l’immense majorité des cas c’est justifié par la valeur qu’ils créent pour la société : médecins, avocats, responsables divers, etc.

    2. D’ailleurs, le fond de l’article, ce n’est pas ça. Le fond de l’article, c’est de dire qu’il y a une manipulation en cours pour faire arriver Macron face à Le Pen au deuxième tour. Et cela devrait nous inquiéter tous, quel que soit notre candidat favori.

      C’est là qu’est, à mon avis, le vrai problème, le vrai déni de démocratie. La corruption du personnel politique est réel, c’est un autre problème, et je suis sûr qu’a peu près tous les candidats se valent sur ce plan là.

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